Les Jours de Cilaos

Un peu de géographie et d'histoire

D écouverte en 1528 par le portugais Mascarenhas, placée sous pavillon français en 1642, escale de la Compagnie des Indes Orientales en 1664 et colonisée en 1665, l'Ile de la Réunion appelée autrefois Ile Bourbon est la perle de l'Océan Indien. Département français situé à 700 kilomètres de Madagascar, cette île volcanique culmine par son Piton des Neiges à 3069 mètres tandis que ses côtes découpées offrent un décor grandiose. La canne à sucre, la vanille, le café, le géranium, le vétiver, le girofle, la muscade, le tabac et tant d'autres plantes odoriférantes parfument l'île de mille senteurs.

Installé dans un cirque accroché au flanc du Piton des Neiges, le village de Cilaos (en malgache Tsilaosa : pays qu'il ne faut pas quitter) connaît une renommée mondiale grâce à ses célèbres "Jours".

Comme bien souvent, pour la dentelle et la broderie, les Jours de Cilaos tiennent leur origine d'une vie, d'une volonté de femme. Elle s'appelait Angèle Mac-Auliffe...

Née le 14 octobre 1877 à Hell-Bourg, elle est le quatrième enfant d'un médecin originaire de Bretagne, qui, après des séjours à Zanzibar, Mayotte et Nossi Bé arrive à la Réunion pour prendre en charge le Service de Santé de l'Hôpital Militaire de Saint Denis. Sa mère, née sur l'Ile, est morte à sa naissance.

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Comme toutes les jeunes filles de bonnes famille, Angèle a appris la broderie blanche et les Jours pour marquer son trousseau. A cette époque, de nombreuses revues étaient éditées par les fabricants de fils, pour vendre leur production, avec des titrages différents, qui correspondaient aux modèles proposés. La célèbre encyclopédie écrite par Thérèse de Dillmont, éditée par D.M.C. dans plusieurs langues, voyagaient sur les bateaux longs courriers et devait donner, à son arrivée sur l'île, des idées et des envies à toutes les Réunionnaises.

Encouragée par son père, Angèle, autodidacte, s'initie et se perfectionne dans le délicat travail des Jours. Âgées de 23 ans, maîtrisant parfaitement la technique des fils tirés et brodés, elle suit son père nommé Médecin de l'Etablissement Thermal de Cilaos. Dans un pavillon, situé à l'arrière de la maison paternelle, elle réunit des jeunes filles auxquelles elle enseigne la broderie et les Jours. Ele épure ce qu'elle a appris dans les livres, étudie de nouveaux passages de fils, imagine des formes proches de la faune et de la flore qu'elle a sous les yeux, invente des fleurs imaginaires portant des noms de France ou, encore, donne à ses Jours des noms qui garderont, à tous jamais, leur secret.

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En 1905, son atelier compte vingt brodeuses. Angèle va aussi créer des "appliqués" en s'inspirant de la dentelle Ténériffe. Elle utilise la technique d'origine pratiquée par les Espagnols au XVIe et XVIIe siècle qui consiste à appliquer le Ténériffe terminé sur une toile. Le moule ne sera inventé qu'au XIXe siècle.

Cette adaptation, permet à Angèle de se libérer des fils de chaîne et de trame, de lancer les fils nécessaires à la création de nouvelles formes et de créer des motifs plus importants. Ce procédé est à l'origine des Jours de Cilaos appelés aussi Jours Anciens.

En six ou sept ans, Angèle forme un noyau d'ajoureuses qualifiées. En 1908, elle descend à Saint Denis pour accueillir l'une de ses soeurs de retour de voyage. Cette année-là, une épidémie de rougeole sévit à Madagscar et, malgré les précautions prises par les services sanitaires, elle parvient à la Réunion. Angèle, atteinte, succombe le 29 mai 1908 à l'age de 31 ans.

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Sœur Cécilie et Sœur Irénée continueront l'oeuvre d'Angèle en s'occupant de la formation, des commandes, de l'organisation de la production par une bonne répartition du travail en fonction de la qualification de chaque brodeuse. La technique des Jours se transmet de mères à filles, de voisines à voisines qui inventent, au cours des décennies suivantes, de nouveaux points ou modifient les anciens. Les Jours de Cilaos ne se sont pas figées dans un dessin spécial ; vivants, ils sont en perpétuelle évolution et correspondent à la fantaisie et à l'imagination des femmes de la Réunion.

Avec des périodes fastes et d'autres plus difficiles, le mode de fonctionnement imaginé au début du siècle perdure jusqu'en 1953.

A cette date, l'Institution religieuse Notre Dame des Neiges crée un ouvroir à Cilaos et confie la direction du Centre de formation aux Jours à Soeur Anastasie.

En 1983, l' "Association pour la promotion de la dentelle de Cilaos" voit le jour. Ses buts sont la sauvegarde et le développement de la technique des Jours de Cilaos. Un an plus tard, le maire, Irénée Accot et son Conseil décident de construire une Maison-Ecole de la Broderie. L'enseignement de la broderie d'art avec option régionale "Jours de Cilaos" dispensé dans cette Ecole permet d'obtenir le CAP par unités capitalisables.

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J'ai dans ma vielle armoire des Jours de Cilaos, achetés à Madagascar vers 1960, que je trouvais beaux. En 1988, j'ai invité Suzanne Maillot au Puy en Velay à l'occasion d'une manifestation dentellière. Elle exposait des Jours superbes, je n'en n'avais jamais vu de semblables mais, c'est surtout sa dextérité, la qualité et la précision des ses Jours qui m'ont le plus stupéfiée.

Membre du Jury, section dentelles et broderies, j'ai eu à juger en 1986 et 1993 des pièces ajourées de la Réunion présentées au concours national "Un des Meilleurs Ouvriers de France". Je me souviens de ceux proposés au jury en 1993 dont j'ignorais, bien évidemment, l'auteur. Lorsque j'ai su, bien des mois plus tard, que l'ajoureuse était Suzanne j'ai compris pourquoi la décision avait été si facile à prendre.

Mick Fouriscot

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